John Lennon et Paul McCartney se sont rencontrés le 6 juillet 1957 à l'occasion d'une fête paroissiale. Nul ne pouvant présager de l'importance de l'instant, aucune photo ne fut prise. Depuis, on ne cesse de fantasmer ; "J'y étais !" diront les anciens, à Liverpool. Les rock critics tentent d'imaginer les titres interprétés ce jour-là. Jusqu'à la bande dessinée qui rend hommage au duo de choc via un épisode de Blake et Mortimer (La Machination Vonorov).
John avait déjà démonté son premier groupe, les Black Jacks, et remonté un deuxième avec deux étudiants de la Quarry Bank High School. Sans trop s'être creusé la tête, les jeunes gens se faisaient appeler les Quarry Men Skiffle Group, nom bientôt raccourci en Quarry Men. Mais dès lors qu'un petit nouveau, Paul McCartney en l'occurrence, se joint à eux, le nom même de Quarry Men est sur la sellette. L'arrivée d'un certain "Stu" Sutcliffe en marque la fin.
Les quatre membres (Lennon, McCartney, George Harrison et Sutcliffe), après des répétitions au domicile de Paul, jouent quelques jours sous le nom de Johnny and the Moondogs, puis de Beatals, puis encore de Silver Beats, Silver Beetles et enfin Silver Beatles. On a beaucoup parlé, beaucoup écrit quant au mot " Beatles ": le jeu de mot évident sur "Beat", qui désigne le tempo... L'allusion au "Beetle" (scarabée) : fans de Buddy Holly, les jeunes de Liverpool auraient choisi "scarabée" car le groupe qui accompagnait Buddy s'appelait the Crickets... En revanche, on n'a jamais parlé du beagle qui est un petit chien fort commun en Grande-Bretagne.
John et Paul (mais aussi quiconque de bon goût !) apprécient Buddy Holly. En tant que leaders, on peut en déduire que ce sont eux qui ont décidé de rendre hommage à leur idole. Mais lequel des deux ? En l'absence de certitude, il semble logique de pencher pour John : il vouait une incommensurable reconnaissance à Buddy, le premier rocker à avoir eu le courage de porter des lunettes, malgré son statut de vedette. John avait longtemps dissimulé qu'il portait cet attribut considéré comme disgracieux (en 1966, sur la pochette du 33 tours Revolver, il en est certes affublé, mais c'est au verso, et le cliché, en noir et blanc, manque de netteté. En outre les trois autres Beatles portent, eux aussi, des lunettes). Sa première pochette de disque, en tant que Beatle qui assume sa myopie, est celle de Sergeant Peppers Lonely Hearts Club Band en 1967 (la même année, il tourne avec des lunettes et les cheveux ras dans le film How I won the war).
47 chansons, seulement, avaient été publiées de son vivant. Certaines d'entre elles, cependant, devaient marquer à jamais les quatre jeunes gens de Liverpool. Buddy était encore vivant (1958) lorsque les Quarry Men se rendirent au petit studio de Percy Francis Phillips, à Liverpool, pour enregistrer sa composition That will be the day. Plus tard, devenus Beatles, ils ne cesseront de puiser dans son uvre, sur scène et sur disque. Et ne serait-ce que le 1er janvier 1962 en choisissant Crying, Waiting, Hoping comme titre de démonstration en quête d'une maison de disque. Après la mort de John Lennon (1980), McCartney racheta les droits d'exploitation du catalogue de chansons écrites par Buddy Holly décédé sans un sou à l'âge de 22 ans. En 1987, Paul produisit le film Buddy Holly, the real story. 1987... une année dédiée au rock'n'roll pur et dur puisque Paul y consacra entièrement un 33 tours.