A la fois Bruant et Gavroche du 21e siècle, Renaud commença sa carrière comme gratteur de guitare dans le métro (lorsqu'il pleuvait) ou au pied de la butte Montmartre, comme l'avait fait Michel Polnareff quatre ans avant lui. Son premier album voit le jour en 1975 Renaud n'aime pas beaucoup sa voix. Si ses prouesses vocales ne sont, selon lui, pas encore au point, les textes sont déjà percutants, comme en témoignent "Société tu m'auras pas", "Amoureux de Paname" et "Ecoutez-moi les gavroches". Sans véritablement croire au succès qui commence à poindre le bout de son nez, il publie un deuxième 33 tours qui connaît un succès phénoménal.
On y trouve des titres populaires : "Germaine", "Adieu minette" et surtout "Laisse béton" (1978) qui devient un leitmotiv. Renaud devient une sorte de star anachronique, presque une antistar. C'est avec impatience que le public attend le troisième album... "Ma gonzesse" permet de découvrir un Renaud tendre, différent de son image habituelle. Mais il sait se montrer caustique et saignant ("Où est-ce que j'ai mis mon flingue ?", "Mon HLM", "Les Aventures de Gérard Lambert").
Son quatrième album est dédié à Jacques Mesrine, le bandit de grand chemin. Puis survient l'évènement le plus important de sa vie (c'est lui qui le dit) : la naissance de sa fille. Dès lors, il sera bien rare qu'il publie un album dépourvu de chanson à la gloire de sa Lolita à lui : "La Pêche à la ligne" et surtout "Morgane de toi" qui se vend à 1,2 million de 45 tours.
Quels artistes solliciter pour l'opération "Sauver l'Ethiopie" ? On reproche aux instigateurs du projet d'avoir volontairement écarté "la vieille garde de la variété" pour ne retenir que des artistes dans la mouvance rock. Dans Le Journal Du Dimanche du 2 juin, Dalida s'emporte : "Ils ont éliminé les vedettes les plus populaires. Comme si l'on disait que seuls les chanteurs branchés ont du cur". Gérard Lenorman enfonce le clou : "La générosité n'est pas le monopole de la bande à Renaud".
Adieu Polydor, bonjour Virgin. Un changement qui coïncide avec la publication d'un album dont presque chaque titre deviendra un tube. En popularité, il n'a plus qu'un égal, Johnny Hallyday, plus qu'un rival, Jean-Jacques Goldman. "Mistral gagnant" bat tous les records, avec un million d'albums vendus quasiment dès sa sortie. Hélas, en 1986, le titre "Miss Maggie" fait grincer des dents outre-Manche. Renaud voulait consacrer sa plume au problème des hooligans et du comportement bestial des supporters durant les matches de football. L'horreur qui s'est déroulée au stade du Heysel lui ouvre les yeux. Les hooligans anglais, enfants de la crise économique, ont pour marraine la conservatrice Thatcher. Elle est donc, dans une certaine mesure, responsable de ces débordements.
Renaud parvient à faire cesser la rumeur en enregistrant une version en anglais de "Miss Maggie" : - "Ma chanson n'attaque pas le peuple anglais. En revanche, je suis ravi de blesser la mère Thatcher".
Il refuse de participer aux émissions de radio et de télé qui ne lui semblent pas, à son sens, d'un niveau intellectuel suffisant. A la suite de cette courageuse décision, son nouveau spectacle marche nettement moins bien que le précédent, les réservations sont poussives et son nouvel album, "Putain de camion" dédié à la mémoire de Coluche se vend péniblement. Le chanteur est contraint de faire machine arrière, de reconnaître que sans l'aide des grands médias comme la radio NRJ, l'artiste est fragilisé. Un jugement peut-être hâtif : n'aurait-il pas dû se remettre en question, se demander si les ventes décevantes de son disque n'étaient pas tout simplement la conséquence de son faible intérêt artistique, surtout comparé au précédent ? Mais dans son obstination, le chanteur décide que la tournée suivante sera placée sous l'égide de NRJ.
Plus d'une fois, il se retrouve dépassé par la portée de ses déclarations. C'est d'abord "l'affaire" du Festival Mondial des Jeunes et des Etudiants auquel il est invité à participer, à Moscou, par les jeunes communistes français. Puis la boulette, durant la guerre du Golfe : Renaud publie un texte fort controversé, "Libérez la Palestine", dans l'Idiot International, la revue de Jean-Edern Hallier. Contesté plus qu'il ne peut le supporter, le chanteur déprime et se réfugie dans la boisson. Ses apparitions, désormais, seront comptées.