La liberté des ondes, à la fin des années 70, fait partie des préoccupations de François Mitterrand et le sujet figure en bonne place dans son célèbre programme des "110 propositions".
Il n'y avait à disposition de l'Etat, ni l'argent pour subventionner les radios, ni structure pour les accueillir : il aurait été indispensable de former des cadres avant d'ouvrir l'antenne. Mais, dans l'entourage du futur président, tout le monde ne croit pas obligatoirement à la pérennité du mouvement. En janvier 2007, à l'occasion du 25ème anniversaire de la libération de la bande FM, France Culture accueillait Jean-Michel Galabert qui fut conseiller d'Etat chargé de 1982 à 1985 d'attribuer les fréquences aux postulants. Galabert considère que le gouvernement avait mésestimé le phénomène et qu'il était persuadé que l'apparition des radios libres ne serait qu'un feu de paille, une "agitation grand-guignolesque sans importance due au fait de quelques marginaux gauchistes et anarchistes" !
La proposition relative à l'abandon du monopole, néanmoins, prendra bien soin de dissocier monopole de programmation et monopole de diffusion. Les socialistes restant, par tradition, attachés au pouvoir de l'Etat, ils insistent sur le fait que la diffusion continuera d'être assurée par TDF. Un moyen efficace pour contrôler tout dérapage, et qui correspond au fameux "câble des PTT" que l'Etat menaçait de couper lorsque les périphériques faisaient la sourde oreille à ses injonctions.
Radio Riposte est une des premières radios pirates parisiennes. La bande, préenregistrée, sera diffusée, en son absence, le 28 juin 1979 de 19h à 20h, depuis le siège du Parti Socialiste (anciennement la S.F.I.O.), Cité Malesherbes, à Paris. Si Mitterrand est au Japon, ses lieutenants, en revanche, sont fidèles au poste ; notamment Laurent Fabius et Paul Quilès.
L'évènement, illicite, avait été annoncé un peu partout. Le brouillage commence dès 19h07 et, à 20h, des policiers en civil accompagnent le commissaire qui vient signifier le flagrant délit à Paul Quilès qui a bien évidemment demandé de présenter, avant tout, un mandat de perquisition.
Fabius est malmené. Provocation BCBG, révolution de salon ? Un coup très médiatique, néanmoins, dont on se souvient encore aujourd'hui : le futur président de la France, Mitterrand en personne, est inculpé pour avoir enfreint la législation concernant le monopole de radiodiffusion.
A l'aube des années 80, en attendant une probable libéralisation des ondes coïncidant avec un nouveau septennat, elles poussent comme des champignons. Dès le 10 mai 1981, à l'annonce du résultat des élections, la modulation de fréquence est investie. Des centaines de postes pirates, confiants en la promesse de François Mitterrand (ses initiales ne sont-elles pas FM ?) étaient prêts à émettre, soit de véritables programmes, soit des balises d'occupation d'antenne qui permettent de bloquer une longueur d'onde en attendant une hypothétique autorisation. De 88 à 108 MHz (avec tous les risques courus en émettant sur la bande de 104 à 108 MHz, réservée à l'armée, aux aéroports, aux ambulances etc.), les vides sont vites remplis.
A l'automne 1982, le ministère de la Communication fait ses comptes : il peut autoriser, pour l'ensemble du territoire, 700 fréquences d'émissions (dont 18 pour la région parisienne, portées à 22 l'année suivante). Insuffisant par rapport au nombre de prétendants. Ni le Ministère, ni les radios ne sont au bout de leurs peines.