Marie-Louise Damien est une Parisienne pure souche. C'est dans la capitale qu'elle naît, en 1889 ou 1892 selon les sources... Elle mourra en banlieue en 1978 des suites d'une chute dans le métro. Elle fut la chanteuse réaliste préférée des Français jusqu'à ce qu'éclate la Seconde Guerre mondiale. Mais curieusement elle était partie sur une mauvaise voie...
Ayant quitté le domicile paternel à quinze ans, elle gagne son pain quotidien en faisant de la figuration (1907). Elle prend des cours de chant et débute sur scène en 1911. Sa première chance consiste à remplacer Mistinguett dans la Valse chaloupée, à Londres, en duo avec Max Dearly. Il faudra des années avant qu'on dise d'elle qu'elle symbolise la chanson réaliste car, sans pygmalion à ses côtés pour la guider vers le style qui lui convient, elle se fourvoie totalement. Elle adopte un répertoire fantaisiste (Ploum-ploum-ploum, Aimez-vous les moules marinières ?) ainsi qu'une image (cheveux roux et frisés, recouverte de bijoux en toc) à l'opposé de ce qui fera son succès quelques temps plus tard.
"Pourquoi es-tu vêtue en dompteuse de puces ?", lui demande-t-il. Dès lors, parée d'une sobre robe noire sans manche, elle interprètera, d'abord, des chansons patriotiques, sur le front en 14-18, puis graves comme La Guinguette a fermé ses volets, C'est mon gigolo ou La Chaîne, n'hésitant pas à puiser dans un répertoire parfois ancien, comme Les Goélands (1905) ou encore La Veuve (1872), terme par lequel on désigne la guillotine, encore bien présente dans les esprits. En France, selon les villes, les dernières exécutions publiques ont lieu en 1920, 1930 voire 1939 pour Paris : - "Elle ne sort de sa maison / Que lorsqu'il faut qu'un bandit meure / Dans sa voiture de gala / Qu'accompagne la populace".
Sa gestuelle, impressionnante, est très étudiée, et indispensable pour elle qui, sans décor ni accessoire, ne peut compter que sur sa voix et éventuellement l'éclairage pour accentuer sa présence. Le compositeur Darius Milhaud déclare qu'elle "mord les phrases qu'elle chante, fait pleurer et serrer la gorge comme un sanglot". La scène semble être toute sa vie car elle se produira en public jusqu'au milieu des années cinquante.
Ceux qui ne l'ont jamais vue sur scène la découvrent dans le Napoléon d'Abel Gance à l'interminable tournage entamé en 1925 (il ne sera sur grand écran qu'en 1927). On la remarque de 1932 dans La Tête d'un homme de Duvivier jusqu'à Notre Dame de Paris de Delannoy en 1956. Et c'est tant mieux qu'elle se soit recyclée sur pellicule car sa cote de popularité, en tant que chanteuse, était en baisse depuis l'avènement de celle qui sut lui ravir sa place : Edith Piaf.