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By Daniel Lesueur & Dominic Durand

Les Petites Histoires de la Musique


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Par Exemple : Brian Wilson (Beach Boys) avait-il détruit son chef-d'oeuvre ?

les débuts des Monkees

Ils s'essoufflèrent trop rapidement, pour diverses raisons.

La plus évidente : les quatre jeunes gars, aussi talentueux furent-ils, n'avaient pas de passé commun. Pour eux, pas de Hambourg ou de Liverpool préparatoire. Ils traînaient en outre une sale réputation due à l'image d'imposteurs qui leur colla à la peau à partir du jour où Mike Nesmith confessa qu'ils ne jouaient pas sur leurs premiers enregistrements. Un faux procès, car tout le monde, ou presque, est passé par là, notamment "l'autre" grand groupe américain, les Beach Boys, dont les membres n'ont véritablement joué sur leurs albums qu'à partir de "Wild Honey" (1967). En Grande-Bretagne, idem : bien que le fait ait failli mener Love Affair au lynchage médiatique (1968), le groupe The Fortunes, dès 1965, annonçait à la presse leur totale absence instrumentale lors des séances d'enregistrement. Pourtant, dans l'histoire du rock, ce sont les Monkees qui restent à jamais étiquetés "premier groupe manufacturé" (ils se sont d'ailleurs fait connaître, non pas par la scène, mais via la télévision, et leur succès ne résista pas à la disparition du feuilleton, début 1968*). Ils obtinrent une courte mais imparable série d'énormes tubes jusqu'à fin 1967, date à laquelle ils ont vendu 30 millions de disques de par le monde. Ensuite c'est la dégringolade... "Valleri" au printemps 1968 n'est déjà plus numéro un (3ème aux States, 12ème en GB) et annonce le déclin : "D.W. Washburn" en 1968 et " Listen To The Band " en 1969 sont des hits très mineurs. "Oh My My" de juin 1970 constitue leur dernière (et vaine) tentative de percer le hit-parade. Au finish, il nous reste un nombre de disques restreint, dont l'écoute s'avère de fastidieuse à passionnante, selon les plages.

Précision !

Précisons cependant que leur premier single, "Last Train To Clarksville", était déjà à la 16ème place des classements américains le jour où fut diffusé le premier épisode du feuilleton. Il est donc impossible de jurer qu'ils n'auraient pas réussi sans l'apport du petit écran.

Un casting de dingue(s) !

A l'époque de leur premier 33 tours, on a l'impression d'être en présence d'un groupe cohérent (on ne sait pas encore qu'ils ne sont qu'une vitrine)... à la fin, de manière plus marquante encore que pour les Beatles sur le Double blanc, on est face à quatre, puis trois, puis deux individualités dont, hélas, une seule annonce une véritable carrière : Mike Nesmith, dès août 1970, décroche un hit avec "Joanne", chanson superbe. Ce qui n'étonne pas ceux qui se sont penchés sur la question de savoir qui compose quoi : en 1969, le single "Listen To The Band" n'était pas réellement un single des Monkees, mais de Michael Nesmith accompagné par des musiciens qui deviendront bientôt Area Code 615 (vous devinez dès lors que l'enregistrement a eu lieu à Nashville). Nesmith n'était pas un novice. Comme d'ailleurs ses trois copains, mais les autres étaient plus des showmen ou des performers que des auteurs-compositeurs patentés. Nesmith, avant d'intégrer les Monkees, avait déjà enregistré une poignée de chansons qui, parfois, ne dépassèrent pas le cap de la maquette ou du tirage confidentiel pour le label Colpix, label qui inaugurera sa filiale Colgems pour les Monkees. Parmi ces chansons, "Different Drums", en 1967, entrera dans le Top 20 américain grâce au groupe Stone Poneys dont la chanteuse est Linda Rondstadt. A la fin des Monkees, Michael entamera une carrière solo brillante tandis que les trois autres stagneront dans l'attente d'une hypothétique reformation qui aurait pu relancer leurs carrières... reformation à laquelle, longtemps, se refusera de participer Mike. Mais cela dit, si, dès le début, Mike s'était imposé en leader, son style trop sage aurait rendue impossible l'émergence de la Monkeemania. Alors, ne refaisons pas l'Histoire. Et ne faisons pas non plus la fine bouche sur une œuvre qu'il n'est certes pas indispensable de posséder en intégralité (certains titres sont d'une extrême médiocrité : "We Were Made For Each Other", "I'll Be Back On My Feet" etc.), mais dont un Best of mérite de figurer dans toute discothèque qui se respecte.

Revenons donc à la genèse du groupe, fin 1965.

Deux producteurs de télé passent une annonce : ils souhaitent engager quatre jeunes gars un peu dingues et possédant une bonne dose d'humour pour une série axée sur la vie d'un groupe pop. La référence est évidemment la vie de stars décrite dans le film "A Hard Day's Night", mais les Monkees ne seront pas les Beatles ; assimilons-les plutôt, en plus musclés musicalement parlant, à Herman's Hermits. Musicalement, les Lovin' Spoonful correspondaient tout à fait à l'esprit recherché, mais hélas leurs personnalités manquaient de... personnalité ! Les films Columbia acceptent de financer l'entreprise qui peut s'avérer très positive : sans utiliser le terme rétro nettement exagéré, disons que les Monkees sont décalés. Replongeons-nous dans le contexte de 1966, lorsque la pop music devient élaborée et cérébrale. "Revolver", "Aftermath", "Pet Sounds", "Blonde On Blonde", "Sunshine Superman", "Kontroversy" étaient impossibles à concurrencer sur leur propre terrain. Mieux valait utiliser l'humour et la dérision ; les Monkees doivent être le groupe joyeux et optimiste par excellence. Dix ans plus tôt, les parents américains tremblaient de voir leurs rejetons acclamer le subversif Elvis. Avec les Monkees, rien à craindre. Au contraire, les pères de famille pouvaient sans crainte offrir un 33 tours des Quatre à leur progéniture (à première vue en tout cas, car certains épisodes du feuilleton télé méritent d'être revus avec une certaine attention : allusions à la drogue, omniprésence du signe de la paix... et puis tous quatre ont les cheveux longs !). Les Monkees sont recrutés parmi 437 prétendants à l'issue d'un casting (auquel participèrent également Paul Williams... Steve Stills, rejeté à cause de sa dentition... et, paraît-il, Charles Manson). Sont alors sélectionnés un Anglais qui vit aux States et trois Américains pure souche, en l'occurrence : - né à Manchester en 1945, Davy Jones (sorte de Paul McCartney du pauvre qui fera craquer les filles) est considéré comme engagé d'office au moment du casting : il a sorti, depuis 1965, un album et plusieurs 45 tours sur Colpix. "Tout-petit-mignon", il mesure 1,57m et rêvait d'être jockey. Petite vedette en tant qu'acteur dans la comédie musicale britannique "Oliver", il a suivi la troupe lorsqu'elle s'est produite aux Etats-Unis. - né en 1942, Peter Tork (de son vrai nom Thorkelson, le "fou-fou" de la bande), sera le bassiste. C'est un homme-orchestre nanti d'une petite notoriété sur la scène folk de Greenwich Village ; il a notamment fait partie brièvement des Mugwumps, premier groupe où s'illustra Mama Cass. Mais cette célébrité réduite ne lui permet pas de vivre de son art ; il est plongeur dans un restaurant au moment de se présenter au casting. - né en 1942, Mike Nesmith (le calme qui quitte rarement son bonnet de laine verte) fait ses premiers pas dans le monde du disque en 1964 au sein du groupe Trinity Rivers Boy (album américain Prospector 1). Tout comme Davy, il a lui aussi enregistré pour Colpix : sous le pseudonyme de "Blessing" et en trio ("Mike, John & Bill"). - né en 1945, Micky Braddock (George Michael Dolenz de son vrai nom), enfant de la balle, fut Corky, le personnage vedette de "Circus Boy", un feuilleton TV des années cinquante que l'on vit en France sous le titre "Le Fils Du Cirque". Il va reprendre son véritable patronyme et devoir se mettre à la batterie, instrument auquel il n'avait jamais touché, et dont il aura la maîtrise au bout de six mois de cours intensifs. Auparavant, il avait monté le groupe Missing Link avec lequel il enregistra une poignée de chansons qui seront commercialisées dès qu'il sera devenu un Monkee. Des quatre, c'est lui le plus éloigné du monde du disque. On raconte que lorsqu'on vint lui annoncer que les Monkees étaient N°1 au Billboard, il demanda ce qu'était le Billboard ! Acteur dans l'âme, il se souciait uniquement des chroniques concernant le feuilleton télévisé. Ils tournent immédiatement ce qu'on nomme un pilote, c'est-à-dire le véritable premier épisode, mais qui n'est généralement pas diffusable (celui-là le sera, numéroté 10 de la première saison). Et là, même si la prod' est emballée, il faut bien admettre que, heu... musicalement les quatre ne tiennent pas la route ensemble. Mais ils ne sont pas responsables de cet état de fait : tout doit aller vite. Trop vite : pas le temps de répéter, une trentaine d'épisodes doivent être mis en boîte avant la diffusion du premier. A raison de deux chansons par épisode, faites le compte, ça fait 60 chansons (dont certaines ne termineront même pas leur carrière sur disque). Il faut rapidement leur adjoindre les services de Tommy Boyce et Bobby Hart en tant que producteurs (Boyce et Hart faisaient partie des malheureux recalés du casting). Leur répertoire sera souvent puisé dans les cahiers de Neil Diamond, de Goffin & King, de Barry Mann, du fort prometteur Harry Nilsson ou occasionnellement de David Gates, bientôt membre fondateur de Bread. Car c'est l'une de leurs faiblesses : les Monkees, qui n'eurent que huit tubes, n'en composèrent qu'un seul, "Alternate Title", qui porte la signature de Micky. L'accompagnement musical sera entièrement fourni par Don Kirshner, un spécialiste de la chanson populaire, au bon sens du terme : il a précédemment créé le label Dimension pour accueillir les Cookies, Little Eva et Carole King. Kirshner ne lâche pas les Monkees d'une semelle, que ce soit en studio d'enregistrement ou sur les plateaux de télé ; on ne peut s'empêcher de penser, aujourd'hui, au mode de fonctionnement de la Star Ac'. Bien évidemment, il n'est pas encore question d'envisager le moindre concert : pour leur première tournée, notamment, ils seront accompagnés par Candy Store Prophets, le groupe de Bobby Hart. Et sur disque, rien que des pointures : Glen Campbell, Leon Russel, Hal Blaine et d'autres moins connus. Les "Quatre" devront se contenter de faire les chanteurs sur leurs disques et les acteurs à la télé. C'est nouveau, mais Kirshner fera plus fort encore avec les Archies (N°1 avec "Sugar Sugar") : cette fois, même plus besoin de casting puisqu'il s'agira de personnages de dessins animés.

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