Les Rolling Stones sont devenus des stars en 1963 grâce à une chanson des Beatles. A compter de cette date, on n'a cessé d'évoquer leurs courses respectives dans les classements des meilleures ventes de disques, chaque formation se retrouvant, en alternance, n°1 au hit-parade. Mais il convient de parler d'émulation plutôt que de rivalité.
Jusqu'alors, de She loves you à Help, leurs succès étaient tous rythmés. Or ils vont prouver qu'un groupe pop peut obtenir un succès colossal avec une chanson d'amour gentillette, propre à faire pleurer les midinettes. Cette chanson c'est Yesterday. Les Stones répliquent en enregistrant deux slows, As Tears Go By et Lady Jane, au désespoir de certains fans qui leur reprocheront ces apparentes mièvreries.
Pour la première fois sur un 45 tours, Paint it black, et à nouveau sur leur 33 tours Aftermath, tous deux datés de 1966, les Stones utilisent un instrument oriental nommé le sitar. Or le sitar avait été ramené en occident par le Beatle George Harrison et pratiqué sur le 33 tours Rubber soul fin 1965. Les Beatles avaient donc encore quelques mois d'avance sur les Stones (pour dire vrai, le premier groupe anglais à avoir joué du sitar était les Yardbirds début 1965). Un gadget dont les groupes rock feront bon usage durant quelques mois... mais avec modestie et parcimonie : leur maître à tous, l'Indien Ravi Shankar, n'hésitait pas à déclarer qu'il fallait environ 35 ans pour véritablement apprivoiser l'instrument.
Alors qu'il n'en était pas toujours de même en ce qui concerne leurs fans, il n'éclatera jamais de lutte entre les deux titans au cours de ces sept années de route (1963-1969). Chacun est au sommet, à son propre sommet. Contrairement à ce que les médias suggéraient, voyant en eux d'implacables adversaires, Beatles et Stones étaient très amis. Ils se sont fréquemment retrouvés en studio, sur disque où à la télé : - Au printemps 1967, le Rolling Stone Brian Jones vient jouer du saxophone sur You know my name, une chanson des Beatles qui sortira trois ans plus tard, en face B du 45 tours Let it be - durant l'été 1967, des Rolling Stones participent à l'enregistrement de All you need is love des Beatles ; quelques jours plus tard, ce sont des Beatles qui viennent faire les churs sur We love you, 45 tours des Rolling Stones - toujoursen 1967 mais cette fois en matière de pochette d'albums, une bannière "Bienvenue aux Rolling Stones" trône sur celle de Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles... ces mêmes Beatles qui, eux, sont présents bien que flous sur celle de Their Satanic Majesties Request des Rolling Stones - en 1968, le Beatle John Lennon prend un part active au Rock'n'roll circus, show télévisé des Rolling Stones
Dès 1971, le professeur Olievenstein rappelait que, si la jeunesse américaine se droguait, c'était en partie dû aux chansons de ses idoles, Bob Dylan en premier. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est le Beatle Paul McCartney qui, en 1967, déclara publiquement user de stupéfiants. Pourtant ce sont trois Stones (Mick, Brian et Keith) que l'on mettra en prison, comme de vulgaires boucs émissaires. Tout comme Sherlock Holmes, Paul McCartney utilise la drogue "à bonnes fins" : elle excite et affine ses capacités intellectuelles et artistiques. Pour les bien pensants, les Stones, eux, se droguent par pur esprit de débauche, débauche aggravée par leur penchant pour la luxure.
Beatles et Rolling Stones, éternellement main dans la main ? La seule fausse note fut exprimée par John Lennon, mais il est recommandé de la prendre avec des pincettes car ses propos ont été recueillis lorsque le Beatle, après la séparation du groupe, semblait en vouloir à la Terre entière. Il déclara "Quand les Beatles éternuaient, ce sont les Rolling Stones qui s'enrhumaient". Quant à cette fameuse chanson, I wanna be your man, que lui-même et Paul McCartney avaient confiée aux Stones et qui donna matière à leur premier succès populaire, John expliqua que "si ça avait été une très bonne chanson, on l'aurait gardée pour nous" !