Si, indiscutablement, l'on s'accorda longtemps à dater de 1877 la diffusion du premier enregistrement sonore et sa première démonstration publique l'année suivante, il est judicieux de retracer les évènements qui ont, tout au long du 19è siècle, conduit à la naissance du disque.
Le Français Charles Cros l'avait rédigé deux jours auparavant... il ne s'agit toutefois que d'un brevet théorique car Cros n'avait pas en poche les 50 francs nécessaires pour officialiser sa trouvaille, et encore moins les 3 000 francs or que lui aurait demandés le constructeur Bréguet pour réaliser un prototype. Néanmoins, cette enveloppe cachetée, si elle ne lui ouvre pas les portes auxquelles il aurait pu prétendre avoir accès, fait preuve d'antériorité par rapport à son concurrent Edison qui, lui, ne dépose une demande de brevet que le 19 décembre.
Aux Etats-Unis, un prototype était disponible, grâce à la pugnacité d'Edison. Charles Batchelor a prononcé, enregistré et réécouté la phrase suivante : "Comment trouves-tu cela ?". Laconique, mais historique ! Si, dans la pratique, l'Américain Thomas Edison fut le premier à faire fonctionner sa machine devant des témoins, Charles Cros fit ouvrir le 3 décembre son pli cacheté du 18 avril qui prouva indiscutablement sa légère avance sur l'Américain. L'Histoire était en marche, et durant 130 ans, qu'ils soient Américains défenseurs de Thomas Edison ou Français admirateurs de Charles Cros, nul ne contestait la date de leur invention : 1877.
Un demi-siècle de recherche, de tâtonnements et de mise au point avait été nécessaire. En 1807,Thomas Young présente un cylindre animé d'un mouvement rotatif, recouvert de noir de fumée, et capable d'inscrire des vibrations. En 1857, le Français Edouard Léon Scott de Martinville, typographe correcteur de l'Académie des Sciences, fait un amalgame de tout ce qu'il a récemment supervisé et invente le phonotaugraphe qui enregistre sur du noir de fumée. Entre-temps, trois physiciens (l'Allemand Wilhelm Weber et les Français Duhamel et Wertheim) avaient amélioré l'invention de Young, respectivement en 1830, 1843 et 1844. Duhamel, notamment, nomme sa machine le vibrographe. Grâce à Scott de Martinville, l'enregistrement du son est réalisé, mais un fin trait sur du noir de fumée ne peut, hélas, pas servir à la reproduction des sons ainsi enregistrés... au moins pour les 130 ans à venir !
C'est un semi-échec pour De Martinville. Il dépose les fruits de trois années de recherche à l'Académie des Sciences fin janvier 1857, prend contact avec Froment, fabricant d'appareils scientifiques, dépose un brevet le 25 mars 1857 et confectionne un premier cornet acoustique. L'année suivante, il s'associe au constructeur Rudolf Koenig afin d'améliorer les prouesses de sa machine et, effectivement, dépose un certificat d'addition au brevet primitif. Les améliorations apportées par Koenig sont si importantes que cette nouvelle machine préfigure déjà celle qui apportera la gloire à Thomas Edison. De Martinville reçoit l'appui de nombreux scientifiques du monde entier... mais pas du grand public ni des financiers qui auraient pu être tentés par la commercialisation de son procédé.
Trop démuni pour pouvoir acquitter les sommes nécessaires à renouveler les annuités de ses inventions. En conséquence elles tombent dans le domaine public. Il s'en était fallu de peu pour que son nom soit celui de l'inventeur du disque. L'illustre inconnu (mais néanmoins précurseur) mourut en 1879. C'est dire qu'il aura vraiment peu assisté à l'évolution de cet objet qui lui tenait tant à cur !
Le 28 mars 2008, Le Figaro annonçait la nouvelle tandis que France Info diffusait l'enregistrement : à Paris, des chercheurs américains étaient enfin parvenus à décrypter l'enregistrement réalisé par Scott de Martinville. Il s'agissait d'un enregistrement de seulement dix secondes de " Au clair de la Lune "... mais d'une qualité indiscutable (par rapport, évidemment, à la technique de l'époque).