1967... Le sergent Pilcher est à la tête de la brigade anti-drogue britannique. Il utilise fréquemment les services d'un "chien renifleur" répondant au nom de code de Willie, impuissant à dénicher le LSD et autres drogues synthétiques inodores, mais en revanche très efficace pour dépister les odeurs de marijuana, jusque dans les parties les plus intimes du corps humain.
Début 1966, une cellule de crise se réunit à Scotland Yard, à la suite d'une série d'articles parus dans le Daily Mirror... en réalité une véritable campagne de presse à l'encontre des pop stars qui propagent la contre-culture menaçant l'establishment. Le sergent Pilcher dont l'égo n'est pas à sous-estimer, considère qu'en terrorisant les artistes pop, il deviendra lui-même une "célébrité", et n'hésite pas à doter son escouade de béliers, pour pulvériser les portes des artistes avant qu'ils aient le temps de faire disparaître, le plus souvent dans les toilettes, leur réserve de substances hallucinogènes.
L'idée est judicieuse : ami intime de Paul McCartney, au travers de lui, Pilcher envoie un coup de semonce aux quatre Beatles. Comme le sergent Pilcher l'avait supposé, après l'arrestation de Donovan, la presse et tous les médias en général se tournèrent vers lui. Sûr qu'il allait avoir de la promotion : il avait marqué le premier point !
Apprenant que Keith Richards prévoyait une party monstre en son cottage, Pilcher dépêcha son escouade flanquée de son chien Willy. Deux membres des Rolling Stones sont arrêtés (les trois autres seront désormais étroitement surveillés). Dans la foulée, on ramassera la chanteuse Marianne Faithfull, complètement nue et défoncée : - "Nous représentions un exemple considéré dangereux pour la jeunesse anglaise -et même américaine-, et c'est pour cela que les politiciens ont voulu nous coincer et faire un exemple ultramédiatisé. Derrière cette descente de flics, il y avait les services secrets anglais, et la CIA. Ce sont eux qui nous ont envoyé un dealer chargé de nous faire tomber. Le type a gagné notre confiance, introduit des produits stupéfiants chez Keith et, au petit matin, la police débarquait. (...) J'aimerais, une fois pour toutes, dire à quel point cette expérience a été traumatisante. J'en tremble encore quand j'y pense. Et je suis toujours blessée, au plus profond" (Marianne Faithfull, Télérama n°2899 du 3 août 2005). Brian Jones, Mick Jagger et Keith Richards passeront l'année 1967 à faire des allers-retours part la case prison.
Ceux qui crurent y voir une espèce de clémence de la part du fonctionnaire ne tardèrent pas à être détrompés : le sergent Pilcher réservait pour plus tard une visite surprise au domicile de George, le jour du mariage de son confrère bassiste McCartney en mars 1969.
Benoîtement, le couple ne fait pas obstruction aux forces de police venues mener cette "opération de purification". Quel intérêt, en effet, de laisser inutilement dévaster un appartement qui, de toute façon, sera passé au crible ? Mais les autres Beatles ne se montrent pas aussi résignés.
Paul n'avait pas apprécié qu'on interpelle George au moment où celui-ci devait être témoin de son mariage avec Linda Eastman. Les méthodes de Pilcher lui semblaient contraires à la loi. Le fonctionnaire trop zélé fut accusé et convaincu de parjure ; il fut à son tour condamné à la prison, pour une durée de quatre ans... une peine qui excédait de beaucoup la durée totale des condamnations infligées aux stars dont il avait empoisonné la vie durant plus de deux ans, et dont certaines gardent encore aujourd'hui l'amer souvenir.