InfoDisc

By Daniel Lesueur & Dominic Durand

Les Petites Histoires de la Musique


Régulièrement un nouvel Article.


Déjà environ 300 Articles proposés sur quelques anecdoctes, révélations ou secrets des Stars de la musique ou sujet divers...


Par Exemple : Brian Wilson (Beach Boys) avait-il détruit son chef-d'oeuvre ?

Deux Algériennes de génie à redécouvrir


Polaire et Eugénie Buffet illuminèrent la fin du 19ème siècle


Paris s'enflamma quelques temps pour deux chanteuses aujourd'hui totalement oubliées. Leur manque total d'académisme n'est peut-être pas étranger à ce sort peu enviable !

Emilie-Marie Bouchaud, connue sous le nom de Polaire et qui fera une carrière internationale, triomphant notamment à Londres et à New York, ne répondait pas aux canons de la beauté de leur époque. La première, Polaire, était trop maigre. Alors elle inventa une image et un style originaux, secs et nerveux, comme, avant elle, l'avait fait Yvette Guilbert (Eugénie Buffet, la seconde, eut-elle les rondeurs requises pour faire carrière dans la chanson qu'elle les aurait perdues durant son incarcération dans les geôles de la capitale).


Polaire


Native d'Afrique du Nord (elle a vu le jour en Algérie en 1877), Polaire est aussi bronzée qu'Yvette est pâle, aussi brune que Guilbert est rousse. Précoce, elle décide à quatorze ans de monter sur les planches, "pour faire pareil que son frère", le chanteur Dufleuve qu'elle rejoint à Paris. Cheveux courts à la garçonne, elle interprète un répertoire excentrique en trépidant comme une épileptique, sautant d'un pied sur l'autre. Elle sacrifie à la mode en favorisant l'onomatopée ; son plus grand succès reste "Tha ma ra boum di hé".. ce qui ne l'empêche pas d'avoir pour admiratrice et amie une femme de lettres, la grande Colette, dont elle interprètera en 1906 le rôle de "Claudine" à la scène. D'ailleurs elle abandonnera (beaucoup plus tard) la chanson et le caf' conc' pour se consacrer uniquement au théâtre. En attendant, la chanson continue à lui porter chance


Le temps des tournées


Preuve que sa renommée a dépassé les frontières, elle se produit à Londres et trois mois pleins à New York. Elle représente, selon "Cent ans de chanson française" (éditions du Seuil) "le prototype de la féministe Belle Epoque". Elle meurt en 1939. Sa compatriote Eugénie Buffet, née en Algérie en 1866, est un peu la Coluche, sinon la coqueluche du début du siècle.


Eugénie Buffet


Ex-bonne à tout faire, elle fait ses premières armes au théâtre, mais sa carrière ascendante est brisée dans sa course par un séjour en prison : durant l'Expo de 1899, face au président de la République Marie François Sadi Carnot, elle avait scandé "Vive Boulanger". Boulanger... Un homme qui n'était pas en odeur de sainteté : inculpé de complot contre l'Etat, condamné à la détention perpétuelle, le général était en fuite (il se suicidera en 1891 sur la tombe de sa maîtresse. Mais Carnot ne lui survivra guère : il sera assassiné en 1894 par un anarchiste).


C'est en prison qu'elle décide de devenir chanteuse


Son premier costume de scène, ce sont ses compagnes de cellule qui le lui confectionnent. Elle investit la Cigale en 1890 et le succès vient deux ans plus tard avec "La Sérénade du pavé". Le jour, elle fait la quête pour les déshérités, chante dans les cours des riches. Sur son seul nom, elle peut, en 1902, ouvrir un cabaret, La Purée. L'année suivante, en collaboration avec Emile Defrance, elle inaugure le caf' conc' des Folies-Pigalle.


Le vent tourne, la réussite lui glisse entre les doigts


Pendant la guerre de 14-18, elle chante pour les Poilus, pour les blessés, dans les rues ou dans les hôpitaux. Un engagement social qui lui apporte une renommée phénoménale. Elle qui reprend fréquemment des chansons de Bruant sera alternativement royaliste, sergent des Croix-de-feu et militante pour la Ligue des patriotes. Ses chansons, engagées, ne sont pas passées à la postérité ("Les Houzards de la garde" sera tout de même repris par Marie Dubas).


Les années vingt sont riches en tournées


Eugénie se produit en Amérique, aux Antilles, au Maroc. En fin de carrière, elle retourne à ses premières amours, le théâtre, et tâte du cinéma malgré une santé défaillante. En 1926 il faudra organiser un gala d'artistes pour payer ses notes de soins. Elle qui avait tant donné aux pauvres ! En 1933, marraine des Poilus, elle reçoit la Légion d'honneur. Eugénie meurt à Paris l'année suivante. Il reste d'elle une silhouette, celle de Laeticia Bonaparte dans le "Napoléon" d'Abel Gance à l'interminable tournage entamé en 1925 (dans le même film on peut voir Annabella et Damia )


Sélection des Autres Articles