Les " irréductibles " permettent à certaines branches de l'industrie de vivre ou survivre en exploitant ce qu'on appelle des niches. Aujourd'hui ce sont les platines tourne-disque et les microsillons de vinyl qui continuent d'exister grâce, respectivement, aux disc-jockeys et aux collectionneurs. Il y a quelques dizaines d'années, principalement en Grande-Bretagne, on assista à l'émergence de petits labels qui n'auraient jamais vu le jour sans la mode punk. Pratiquement sans argent mais en revanche avec beaucoup d'enthousiasme et un esprit inventif, les petites firmes firent trembler grandes.
Cela peut paraître ahurissant, mais jusqu'à 1967, les disques stéréo coûtaient beaucoup plus cher que les disques mono. Pour certaines, on pouvait passer du simple au double ! Il n'est pas exagéré de penser que le psychédélisme a favorisé la pénétration du marché par la stéréo (en plus de la " société de consommation "). En 1967, à Londres, presque en même temps et dans les mêmes studios d'Abbey Road, les Beatles et Pink Floyd enregistraient des effets sonores qui ne prenaient leur dimension qu'en stéréo. Curieusement, les artistes eux-mêmes n'ont assisté et participé qu'aux mixages mono, laissant à leurs ingénieurs du son le soin de réaliser les mixages stéréo ! On raconte que George Harrison, des Beatles, s'avoua déçu par la publication, sur disque compact, du chef d'uvre du groupe, " Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band " mais il reconnut que, vingt ans après sa publication, il l'écoutait, pour la première fois, en stéréo. Quelques mois plus tard, Jimi Hendrix ouvrait son second album, " Exp : Bold As Love ", sur le décollage d'une soucoupe volante. Bien calé entre les deux enceintes, l'auditeur percevait réellement le bruit des réacteurs qui démarraient au ras du sol, tournaient autour de lui et s'élevaient dans le ciel ! Cet effet de son qui monte en spirale est évidemment inopérant en monophonie.
Durant cette période de transition et même après, les fabricants de disques, désireux de satisfaire le plus grand nombre de consommateurs sans pousser trop loin l'investissement consacré à la reproduction sonore, vont "inventer" des termes fourre-tout pour commercialiser des disques qui ne sont, ni franchement mono, ni franchement stéréo ! C'est ainsi que l'on verra fleurir la duophonie, la gravure universelle... procédés étranges qui présentaient l'intérêt de pouvoir être écoutés sur n'importe quel électrophone sans trop se poser de question. Dans un registre différent, car, cette fois, empreints de bonne volonté, certains ingénieurs du son ont voulu offrir à l'auditeur le maximum des possibilités de la stéréo par une trop grande séparation des canaux. Ce clivage gauche / droite, sans le moindre mixage, permet, effectivement, de pouvoir écouter, indépendamment, soit les voix, soit les instruments... mais cela n'est guère agréable à l'oreille. Pourtant, même des professionnels chevronnés sont tombés dans le piège, et certaines premières éditions des compilations dites " Double rouge " (1962-1966) et " Double bleu " (1967-1970) des Beatles ont souffert du procédé, comme le souligne avec beaucoup d'humour Michel Gosselin dans La Vie du Collectionneur, n°448 du 14 février 2003 : - Les compilateurs ont gravé plusieurs titres en fausse stéréo, avec l'orchestration sur une voie, et la partie vocale solo sur l'autre, ce qui fait qu'en basculant la "balance" de notre chaîne sur un seul côté, on peut chanter en karaoké, accompagné par les vrais Beatles !
Ce n'est qu'à partir de l'été 1968 que le 45 tours stéréophonique commence, après l'album 33 tours, à très sérieusement se généraliser. Pourtant, des tentatives avaient eu lieu bien avant : témoin ce "EP" de Cliff Richard paru en 1960 en Grande-Bretagne (" Expresso Bongo ", référence ESG 7783), celui de Richard Anthony paru en France en 1963 sous la référence Columbia FESD 1380, et ceux du groupe suédois des Spotnicks qui sortaient parallèlement aux exemplaires monophoniques et sous une référence totalement différente.
C'est le slogan rétro lancé par le célèbre producteur américain Phil Spector. Il est suivi dans sa démarche par des labels de disques britanniques comme Chiswick et Stiff, firmes qui poussèrent la nostalgie jusqu'à publier des disques sur 25cm, le format ayant lui aussi disparu bien avant la gravure mono : depuis belle lurette, il ne restait plus sur le marché que deux format, l'album 33 tours d'un diamètre de 30 centimètres, le single 45 tours d'un diamètre de 17 cm. Ceux qui se ruaient sur ces parutions anachroniques n'étaient en fait que des nostalgiques qui souhaitent réentendre des disques avec le son qu'ils avaient lorsqu'ils étaient âgés de 15 ans, sous des pochettes identiques à celles de l'âge d'or... leur âge d'or !