La Bretagne - ainsi que toutes les autres régions de France, d'ailleurs ! - a souvent été chantée. "Le Pirate de Saint-Malo", par Suzy Solidor, est certes peu connu ; en revanche tout le monde a dans l'oreille "Les Parapluies de Cherbourg" ou certaines mélodies d'Alan Stivell ou de Jean-Michel Caradec. A l'instar de "La Marseillaise" créée par le Jurassien Rouget de l'Isle, la plus célèbre chanson se rapportant à la Bretagne n'a pas été créée par un Breton, mais par le Toulonnais Félix Mayol.
Petit prodige à la voix d'or, Félix fait ses débuts sur les planches à treize ans, encouragé par ses parents. Malheureusement, Félix devient orphelin, et confié à la garde d'un oncle qui n'aime pas les saltimbanques. Sa carrière est-elle brisée dans l'uf ?
Après l'avoir placé sous hypnose, l'illusionniste fait chanter les airs à la mode au "Petit Ludovic" devant un public ébahi. Un succès inattendu mais apparemment sans suite : durant cinq ans il se produira sur toutes les scènes de province, hélas sans grand succès.
La boutonnière ornée d'un brin de muguet (nous sommes le 1er mai) Félix rencontre Théodore Botrel, authentique Breton de Dinan. Une rencontre qui s'avère être leur planche de salut : séparément, aucun des deux n'aurait sans doute jamais percé.
Il avait signé des uvres mineures oubliées depuis longtemps : "Mes deux surs jumelles" et "Il est frisé mon p'tit frère". Loin d'être une vedette, il vivote, se produisant chaque soir sur scène... en costume breton, comme il se doit. Et comme les Bretons sont nombreux à Paris, notamment dans le quartier de Montparnasse, son destin semblait écrit. Il fait écouter "La Paimpolaise" à Mayol. Celui-ci se montre désireux de l'inscrire à son répertoire. Sur le principe, Botrel est d'accord... à condition qu'il ne massacre pas son uvre, qu'il la répète jusqu'à atteindre la perfection
Un troisième compère, Paul Marinier, se joint à eux... Marinier que l'on pourrait qualifier de "directeur artistique" avant l'heure.
Un peu avant l'enregistrement, Botrel détecte une petite imperfection, et modifie son texte à la dernière minute. Il avait en effet écrit la peau de la Paimpolaise... qui pouvait prêter à confusion avec peau de lapin ; à la va-vite, il remplace ces mots qui deviennent la coiffe de la Paimpolaise.
Mayol, décemment, ne pourrait pas porter l'habit breton, son accent méridional est trop marqué. En revanche, il doit se forger une identité. Il soigne sa coiffe, portant un serre-tête. Et lorsqu'il l'enlève, on découvre ce qui restera son image de marque (comme Tintin) : une houppe. Tout comme Antoine soixante-dix ans plus tard avec celle des cheveux longs, Mayol lance une mode. Les autres chanteurs le copient, et les coiffeurs se voient réclamer le toupet par des messieurs très chic !
Conscient qu'il le doit à sa rencontre avec Botrel un 1er mai, Mayol, que l'on surnommera l'Homme au brin de muguet, en porte un, désormais, en permanence à la boutonnière.
Il se voit proposer les meilleures chansons du moment, parfois dans la même veine, comme cette chanson intitulée "La petite Bretonne" ; d'autres fort différentes ("A la cabane bambou"). Et il aura même un succès encore plus énorme que "La Paimpolaise"... C'est "Viens Poupoule". Il est mort en 1941.