Un peu plus âgé que les Beatles (il est né en 1939), Jimmy Nicol est ce qu'on appelle un musicien de séance. Expérimenté (il avait joué avec les Spotnicks , Tommy Quickly -un protégé des Beatles- et avec Georgie Fame) il était destiné à rester dans l'ombre. Et bien il y resta, malgré quelques jours sous les spotlights à occuper le place la plus convoitée du monde, celle d'un Beatle !
Certes il ne chante pas autant que John ou Paul (en général, il n'interprète qu'une chanson sur dix, voire moins) mais ses amygdales le font atrocement souffrir et il est impossible pour lui d'attendre la fin de la tournée pour se faire opérer. D'autant que la tournée en question était loi d'être de tout repos : les Pays-Bas, le Danemark, Hong-Kong puis l'Australie.
Outre le fit déjà invoqué que Jimmy était un excellent batteur (il y en avait mille autres dans toute l'Angleterre), il avait joué sur un album de reprises des chansons des Beatles ; il les connaissait donc déjà... du bout des doigts, comme tout batteur qui se respecte. Dès lors la question fut réglée en deux ou trois appels téléphoniques lancés par Brian Epstein, manager des Beatles, et George Martin, leur directeur artistique.
De toute évidence, durant les cinq concerts, Jimmy porta le même costume de scène que celui de Ringo. Mais leur similitude ne s'arrêtait pas là : comme Ringo, Jimmy était peu bavard et s'exprimait par formules laconiques. La sienne, c'était " It's getting better " (" ça s'arrange "). Il est vrai que de passer du statut de parfait inconnu à celui de batteur du plus grand groupe au monde, c'est de la promotion.
Le stage achevé, on n'entendit plus jamais parler de Jimmy... mais il avait laissé une empreinte. Humble, jamais il ne tenta de revenir sur le devant de la scène en se targuant de son passé de Beatle intérimaire. Mais ses amis " express " (il n'avaient passé ensemble qu'une semaine) ne l'avaient pas oublié, et particulièrement Paul McCartney. Celui-ci, en effet, évoqua son souvenir deux ans et demi plus tard...
C'est la période d'enregistrement du fameux album " Sergeant Peppers... ". L'hiver a enfin décidé de laisser la place au printemps. Paul promène sa chienne Martha (à l'origine de la chanson " Martha my dear " sur le " Double Blanc " de 1968). Il réalise que les beaux jours reviennent, que la météo s'améliore. Ca s'arrange... La formule de Jimmy lui revient à l'esprit et c'est ainsi qu'il compose la chanson " It's getting better " qui sortira fin mai 1967.
Tout seul, Paul ne parvient pas à parachever son uvre. Il va la compléter avec la complicité de John... John le cynique, le sarcastique, qui va apporter un soupçon de vinaigre à la chansonnette doucereuse : " ça s'arrange " chante Paul l'optimiste... " car ça ne pouvait pas être pire " ajoute John. On ne peut s'empêcher de penser qu'il évoque la situation de son couple : marié plus ou moins contre son gré à Cynthia, leur couple, qui a toujours battu de l'aile, est sur le point de se briser (ce sera chose faite lorsque John rencontrera Yoko Ono