En théorie la date de fin novembre 2011 choisie pour le basculement reste immuable... mais on voit mal comment la RNT pourrait combler son retard.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que le PAF (Paysage Audiovisuel Français) risque d'être victime d'une gigantesque fracture : nos concitoyens se sont rués en masse vers les décodeurs dès qu'il s'est agi de tester la TNT. En revanche -et on ne peut les en blâmer car il est fort difficile, voire impossible de s'équiper- rien n'est prêt, ou presque, en matière de radio. Pourtant, à y bien réfléchir, c'était le volet le moins délicat du grand chambardement qui nous attend.
Le paysage radiophonique fut, de tous temps, en mutation. Exit le transistor, qui lui-même avait remplacé la T.S.F. La radio, aujourd'hui, place des webcam dans ses studios afin que ses auditeurs puissent "regarder" l'émission sur l'Internet. Et voici qu'arrive, prévue pour novembre 2011, la radio numérique qui permet d'afficher des informations sur un écran (le nom de la station, ceux des intervenants ainsi que leurs portraits, l'origine d'un reportage... et évidemment la météo, les cours de la Bourse, les résultats des courses hippiques ou des matchs de football, etc.), de les imprimer... Bref, c'est de la radio qui se regarde. La télévision, quant à elle, pour des raisons de facilité et d'économie, ressemble souvent à de la radio placée sous surveillance vidéo. De nombreux Français, d'ailleurs, laissent leur petit écran allumé en permanence sans le regarder ; c'est de la télé qui s'écoute !
On assiste à la convergence des médias. De toute évidence, l'audiovisuel de demain sera hybride. Tandis que la presse écrite, depuis 2007, devient audiovisuelle en diffusant sur le web des documents vidéo, télés et radios et télés traditionnelles vivent leurs dernières heures. En ce qui concerne cette dernière, sa disparition nous est promise depuis belle lurette ; déjà, on commence à employer le terme de "radio analogique" pour remplacer celui, quinquagénaire, de "transistor". Mais il ne suffit pas d'en parler...
Pourtant, au printemps 1998, la revue Enjeux indiquait qu'en l'an 2000 vingt-cinq millions de Français auraient accès au DAB (Digital Audio Broadcasting) mais tempérait l'enthousiasme de son annonce en précisant que le coût du récepteur (8 000 F, soit environ 1 200 ) était prohibitif. Le dispositif, néanmoins, n'est pas dépourvu de charme : ce système de diffusion permet d'avoir accès à des stations où la publicité est absente, non plus locales ou nationales, mais du monde entier, avec une qualité sonore encore supérieure à celle de la FM. Jusqu'alors, à moins d'écouter une webradio (on dit aussi "netradio"), le seul moyen de se porter à l'écoute d'une station très éloignée était l'onde courte, dont la qualité sonore nous semble aujourd'hui épouvantable, au point qu'une à une toutes les grandes stations fermèrent certaines de leurs antennes. Une décision sur laquelle elles reviendront sans doute grâce au système DRM (Digital Radio Mondiale) qui va révolutionner l'écoute et la diffusion des émissions internationales.
Les premiers modèles commencent à arriver. Pour ne pas risquer de déstabiliser l'auditeur encore habitué à la radio traditionnelle, les nouveaux récepteurs permettent toujours de capter les bandes AM et FM en plus du DAB ou du DRM ; quant aux stations, elles peuvent pratiquer le simulcast, c'est-à-dire diffuser leurs émissions à la fois en numérique et en analogique. La question du choix du système DAB, DRM ou même DVB (Digital Video Broadcasting) n'est pas si cruciale : le groupe RTL, à la tête d'une cinquantaine de radios et de télévisions émettant dans huit pays différents, déclare avoir investi cinq millions d'euros dans le but de construire des récepteurs tri-standards de conception simple et logique : l'auditeur aura simplement à indiquer le poste souhaité, et l'appareil sélectionnera de lui-même le système adéquat.
Au moment où nous rédigeons ces lignes, la France reste un des derniers pays où il est difficile, voire impossible dans de très nombreuses villes, d'acquérir un récepteur nouvelle norme, quel que soit le système retenu. Chez nos voisins les plus proches, en revanche, l'offre est remarquable. En Suisse, où les trois quarts de la population peuvent recevoir les stations numériques, près de 200 modèles de récepteurs sont disponibles dans les magasins spécialisés à prix abordable, c'est-à-dire à partir de 200 francs suisses, soit 130 . Les autres pays de l'union européenne, nous venons de le voir, suivent le mouvement. Dans le reste du monde, la mutation est en route. La radio traditionnelle a déjà quasiment disparu au Japon et en Corée. La Chine, dont la majorité des habitants n'a jamais disposé d'un récepteur à transistor, s'apprête à passer directement au numérique. En attendant, en France, la situation en matière de récepteurs ressemble fort à celle connue vingt ans plus tôt, lorsque le public apprenait l'existence du CD mais ne parvenait pas à s'en procurer !