There's nothing on the radio chante le groupe Razorlight (America, 2006). Malgré le grand nombre de stations, l'auditeur, aujourd'hui, a souvent le sentiment de s'ennuyer alors que l'offre n'a jamais été aussi vaste. Rien qu'en France, quiconque peut recevoir une vingtaine de stations en FM avec le confort d'écoute... plusieurs dizaines de grandes stations étrangères en onde moyenne ou en onde courte... et plusieurs milliers de webradios sur internet. Mais majoritairement, l'auditeur reste fidèle à une poignée de stations FM. Et c'est là que le bât blesse pour certaines d'entre elles.
Les stations d'Etat, globalement, se maintiennent. D'un trimestre à l'autre, France Info grignotte des auditeurs à France inter pour les lui rendre ultérieurement, lorsque l'info se fait moins chaude... France Bleu, selon les régions, gagne ou perd des points : les vacanciers se déplacent ! France Musique et France Culture, malgré des scores faibles, comptent sur la fidélité de leurs auditeurs. Bref, tout va bien pour Radio France. En revanche, les stations dites commerciales se font la guerre entre elles... Quant aux radios associatives, elles résistent depuis le début des années 80. Mais passer au numérique est très coûteux et elles craignent, faute de pouvoir s'équiper, de disparaître lorsque la date couperet sera annoncée (à l'origine novembre 2011, mais la date semble bien compromise par les propos de Frédéric Mitterrand en avril 2010).
Une vaste majorité de radios ne sont que des robinets à musique. On peut, à juste titre, s'interroger sur l'avenir des radios musicales. " L'arthrose est venue s'installer dans les articulations de ces stations qui croyaient à leur éternelle jeunesse ", écrivait Véronique Brocard dans Télérama n°3080. De fait, NRJ, la plus emblématique, est en pleine déconfiture, perdant sa position de leader et passant en six ans de 13,4% à 10,7%. Dans son sillage, la plupart des stations purement musicales en font autant : si l'on se réfère au sondage publié par Médiamétrie durant l'été 2009, en un an, NRJ, Nostalgie, MFM, Virgin Radio et RTL2 auraient perdu plus de 500 000 auditeurs... mais dans le même temps Skyrock, Fun Radio et Chérie-FM en gagnaient près de 700 000. Il est frappant de noter que ce n'est pas la notion de radio musicale qui est à remettre en cause de manière globale, mais celle, justement, de " robinet à musique ".
Les stations qui associent à la musique la notion d'animateur proche de ses auditeurs, elles, confortent leur position. Et de belle manière : toujours d'après le même sondage, Skyrock récupérait 298 000 auditeurs nouveaux en un an et Fun Radio 200 000. Des chiffres, évidemment, à relativiser. Il se trouvera toujours quelqu'un pour rappeler que l'ouverture de nouveaux émetteurs apporte obligatoirement de nouveaux auditeurs. Certes, certes. Mais rien de mathématique, néanmoins : Radio classique qui, elle, venait de fermer ses émetteurs dans plusieurs villes où elle ne parvenait pas à " percer ", avait quand même trouvé 215 000 nouveaux auditeurs en un an. Il convient d'interpréter ces pertes, ces gains d'auditeurs qui sont peut-être simplement des mouvements, des migrations d'une station froide vers une station chaude... il semble évident que les auditeurs s'accrochent à une présence, un animateur (Manu sur Fun, Difool sur Skyrock).
Des animateurs vedettes, une présence permanente (même la nuit, avec " Les Nocturnes " de Georges Lang et la rediffusion des " Grosses Têtes ") c'est ce qui fait le succès de RTL depuis près d'un demi-siècle. Pourquoi, dès lors, ne pas utiliser une recette qui paie ? C'est ce que semblent s'être dit les stations qui font "dans l'humain". Car si l'auditeur n'a pas auprès de lui la chaleur d'un animateur qui l'accompagne en musique, il aura tendance à aller écouter la concurrence... ou à opérer sa propre sélection de disques sur l'Internet, à la médiathèque municipale ou en magasin. Auquel cas ce sondage indiquerait non pas la fin des radios musicales mais celle des radios dont la programmation musicale est robotisée. Dans un premier temps, remplacer un véritable programmateur par un ordinateur a très certainement fait réaliser d'énormes économies aux patrons de radios, mais c'était peut-être au final un mauvais calcul car une chute dans les sondages se traduit par la pertes de recettes publicitaires et la fuite des annonceurs. Fait-on véritablement de la bonne radio en remplaçant un être humain, sensible et talentueux, doté en outre d'une grande culture musicale, par un logiciel ? On peut se permettre d'en douter. Ou au moins de se poser la question ! C'est, de toute façon, l'auditeur qui aura le dernier mot.