Officiellement, le rapport médico-légal conclut à une overdose d'un mélange d'héroïne et de morphine. Elle avait également consommé de la tequila, et ingurgité deux Valium. Son bras gauche était marqué de piqûres. Mais il ne fut pas retrouvé, dans la chambre de la chanteuse, la moindre trace de drogue. La police eut beau procéder à une fouille minutieuse, il n'y avait que de la tequila, de la vodka et du vin.
C'est son absence au studio d'enregistrement qui alerta son entourage. Il ne lui restait plus qu'une seule chanson à peaufiner, la dernière chanson de l'album, inachevée, celle sur laquelle jamais Janis ne vint poser sa voix, qui s'intitule de manière prémonitoire "Buried Alive In The Blues" (Enterrée vivante dans le blues).
Janis avait discuté avec lui quelques instants vers une heure du matin, en quête de monnaie pour s'acheter des cigarettes ; il l'avait trouvée vieillie, semblant très fatiguée. Il ne sera pas question d'essayer de la ranimer : la mort eut lieu à 1 h 40 du matin, et Janis restera, en chemise de nuit, le nez cassé, sur le plancher de sa chambre d'hôtel jusqu'à 19h20.
Ce qui a fortement troublé les esprits, c'est qu'on n'ait pas retrouvé, dans la chambre de la chanteuse, la moindre trace de drogue. Or le lendemain, au cours d'une seconde perquisition, furent retrouvés des cotons imprégnés de sang séché, des bandes et une boule d'héroïne. Dès lors, on pouvait échafauder les hypothèses les plus tordues, dont celle-ci : Janis avait été assassinée. Quelqu'un lui aurait injecté de l'héroïne trop pure, Janis se serait débattue ; le responsable se serait enfui en emportant toutes les traces. Ayant réalisé, le jour suivant, la portée de son geste inconsidéré, "l'inconnu" aurait ramené ces diverses preuves. Mais on voit mal de quelle manière il aurait pu procéder discrètement, dans un appartement très certainement bourré de policiers !
Il fut en effet constaté, le même week-end, plusieurs décès par overdose. Plus que de coutume : huit autres personnes auraient été victimes d'une trop grande pureté (de 50 à 80 %) de l'héroïne injectée. Leur dealer habituel, le même que celui de Janis, utilisait les services d'un "expert" qui coupait l'héroïne, à la fois pour en diminuer l'effet... et pour augmenter son bénéfice. Or, le dit week-end, "l'expert" aurait été absent, et les doses fournies, en conséquence, auraient été dix fois plus fortes.
Qu'il s'agisse de John Lennon, de Jim Morrison, de Jimi Hendrix ou de Janis, on n'hésite pas à suggérer l'idée d'un complot. C'est vrai que le rock dérange. Mais de là à faire disparaître ceux qui le pratiquent... Il faut, à chaque fois, tenir compte simultanément du mythe que représentent ces stars internationales et, également, dans la plupart des cas, de leur jeunesse au moment de leur disparition, qui incite plus d'un échotier à chercher plus loin que les raisons officielles. Janis devait, paraît-il, se marier avec un certain Seth Morgan. Même si elle eut une relation suivie avec celui-ci, considérant qu'elle entérina son testament le 1er octobre 1970, le nom de Morgan aurait été mentionné si, deux jours avant son décès, elle avait véritablement eu l'intention de l'épouser. Or ce n'était pas le cas.
Janis quitta la vie en proclamant que " la liberté n'est rien d'autre qu'un mot signifiant qu'il n'y a plus rien à perdre " vers extrait de "Me And Bobby McGee". La chanson avait été composée par le chanteur-acteur Kris Kristofferson qui en fit cadeau à son amie et maîtresse Janis. Malgré sa version et celle de Kris, ce sont néanmoins celles de Jerry Lee Lewis et de Roger Miller dont se souviennent les premiers Américains à avoir entendu le titre dès 1969. Depuis, tout le monde ou presque l'a interprété : Grateful Dead, Bobby Bare, Waylon Jennings, Gordon Lightfoot, Loretta Lynn, Willie Nelson, Olivia Newton-John, Charley Pride, Kenny Rogers, Hank Snow, Shakin' Stevens et en France Johnny Hallyday. Pour Janis, ce fut un succès malheureusement posthume.