On s'interroge parfois : pourquoi les Stones, les Kinks, les Who, les Troggs, les Pretty Things et tant d'autres groupes anglais ont-il duré si longtemps ? Pour mémoire, les Beatles, les premiers à s'être séparés, avaient tenu ensemble plus de huit ans. Or de l'autre côté de la Manche, aucun groupe n'avait résisté, et les plus populaires, Chaussettes Noires et Chats Sauvages, s'étaient désintégrés en trois ans. La réponse est simple : le service militaire ! Il fut aboli en Grande-Bretagne l'année de la formation des Rolling Stones. A quelques mois près, pas de Rolling Stones, sans doute. Un signe du bienveillant destin qui veille sur eux !
Le groupe décrocha en 1963 un contrat d'artistes avec la firme Decca parce que Dick Rowe et Mike Smith, les gars qui les signent, avaient, quelques mois auparavant, refusé de signer les Beatles. C'était déjà leur deuxième chance : à leurs débuts, les Stones décrochent un contrat de permanents au Flamingo parce qu'ils viennent de se faire jeter du club concurrent, le Marquee !
Pas loin du Flamingo se trouve le Picadilly. Brian joue de son charme pour s'y produire. Le gérant n'a pas beaucoup à se forcer : il est au bord de la faillite, son club a rarement plus de vingt clients en même temps. N'empêche que le type en question se nomme Giorgio Gomelsky et qu'il va bientôt " rebondir " en ouvrant un pub à Richmond où les Stones deviendront de véritables stars. Gomelsky... C'est un apatride, comme le colonel Parker, manager d'Elvis Presley. Hélas pour lui, il reste leur manager fort peu de temps : leur contrat était moral et verbal. Il se fait voler la place par Andrew Lew Oldham.
Ce genre d'affaire n'est traité que par Brian et Mick. Les autres Stones n'ont pas leur mot à dire. Et dans le cas présent c'est Brian seul qui a choisi et décidé. Certes Gomelsky avait du métier et une réputation, Oldham était quasiment un novice. Mais Brian aurait opté pour lui en pensant qu'il aurait moins la mainmise sur les Stones que ce que Gomelsky aurait pu revendiquer. Mauvais calcul car Oldham poussera Jones au tombeau.
Andrew réalise que, s'ils ont un look bien à eux, les Stones n'en ont pas pour autant une marque de fabrique. Brian n'étant, à son avis, pas capable d'écrire ou de composer, Oldham oblige Mick et Keith à composer pour enrichir un répertoire jusqu'alors constitué de reprises... ou de titres détournés, volés à d'autres.
Jones n'a toujours pas reconnu le gamin qu'il a eu avec Linda Lawrence. Il refuse de voir ce bambin qu'il traite de " gros haricot ". Au moment où la presse présente Linda comme sa régulière, ses parents déposent la première plainte en justice contre un Rolling Stone. Oldham, qui considère que l'annonce d'un procès serait dévastatrice pour l'image du groupe, parvient à négocier un compromis.
C'est celui-ci de Dawn Malloy. N'empêche qu'à cet instant il retourne vivre avec Linda. En conséquence, Oldham se voit une nouvelle fois contraint d'éteindre un incendie pour éviter qu'il se propage : Dawn touche une forte somme pour garder le silence, ne jamais révéler aux médias sa relation avec Brian ni l'existence de leur enfant.
Jones disparaît une nuit complète. Il est retrouvé au petit matin, au pied de la tour Eiffel qu'il avait l'intention d'escalader, complètement ivre, mais au moins sera-t-il présent à l'Olympia. Trois jours plus tard, ils sont aux USA pour leur deuxième tournée. Le jeu de scène de Brian est hargneux, il provoque les fans. Mais il est le chouchou des médias et c'est lui que les photographes mitraillent. Sauf durant quatre concerts américains qu'il n'a pas pu assumer, victime d'une vilaine bronchite. Ces soirs-là, c'est Mick la vedette, bien obligé de tenir deux rôles.
L'herbe va le changer des pilules qu'il a coutume d'engloutir pour tenir le rythme. En plus de l'alcool qu'il consomme peu modérément, tout cela contribue à l'empâter, lui dont les crises d'asthme restent fréquentes et la santé fragile.
Actrice, mannequin, Anita Pallenberg est connue mondialement. Brian s'intéresse à elle en septembre 1965. Elle a, durant quelques mois, une influence bénéfique sur Brian. Mais rapidement il recommence à se détruire. Il teste le LSD, puis en 1966 la cocaïne.
Ils n'acceptent pas que Brian arrive défoncé sur scène et qu'il bousille le show en jouant n'importe comment. Il consomme chaque jour deux litres de whisky et, avant de monter sur scène, ingurgite une poignée de pilules d'amyl-nitrate. Durant leur longue tournée américaine de fin juin à fin juillet 1966, Brian fait un séjour dans un hôpital de Chicago. C'est la descente aux enfers