Certes, Mozart était un enfant prodige. Mais fut-il n°1 au hit-parade américain à l'âge de douze ans ? Non ! Stevie Wonder, si ! De son véritable nom Steveland Morris, il naît non-voyant en 1950 dans le Michigan. Il apprend l'harmonica en écoutant des disques de Little Walter et de Jimmy Reed.
Sans qu'il lui vienne encore à l'idée qu'il peut chanter, son premier album est strictement instrumental. Immédiatement après, à l'occasion d'un concert, il délaisse quelques instants son harmonica pour tester ses prouesses vocales sur le public. Il devient N°1 avec "Fingertips" et surprend par son jeune âge : 12 ans, d'où son surnom de "Little" qu'il conservera quelques années.
Celui-ci lui dira "Tu possèdes quelque chose de très rare en toi, une immense foi en ce que tu chantes en public. Je comprends pourquoi on t'adore".
Stevie décroche régulièrement un hit tous les deux, trois ans : "Uptight" en 1965 (repris par Johnny, "Les Coups")... "I Was Made To Love Her" en 1967 (repris par les Beach Boys et par Dick Rivers)... "Signed, Sealed And Delivered I'm Yours" (repris par Peter Frampton)... "My Chérie Amour"...
A l'instar de Diana Ross, des Four Tops et de Marvin Gaye, il est un "artiste maison" chez Tamla-Motown. Pour se délivrer de ce carcan, il obtient en 1971 le statut d'artiste indépendant. Plus fort encore, en 1982, il fondera sa propre firme, Wondirection.
Il s'en remet rapidement et publie à nouveau une brochette de tubes : "Higher Ground", "Living For The City", "Superstition" (indicatif du "Grand Journal" sur Canal +). Après cette période de tubes systématiques, il se passionne pour la recherche sonore, la création discographique pure et simple.
Prolifique, Stevie a trop de chansons en permanence pour un unique 33 tours. Ses albums de référence ("Innervisions", "Songs In The Key Of Life", "The Secret Life Of Plants" et "Hotter Than July") sont souvent doubles, voire triples. En 1974, il cumule les oscars, catégories pop music et rhythm'n'blues. Sans l'émergence de Michael Jackson, il aurait sans doute été l'artiste soul le plus populaire des années 80 et 90. Son épouse est, elle aussi, dans le show business.
La signature Wonder est une garantie de savoir faire : - le premier 33 tours de Syreeta sort en 1974. Il est composé, arrangé et produit par Stevie. Rien de surprenant : Syreeta est son épouse - "Ebony and ivory" est un des grands succès de 1982. Stevie le chante en duo avec Paul McCartney. C'est l'une des plus belles chansons jamais écrites sur le thème de l'égalité entre les races. Paul et Stevie comparent les hommes de race blanche et de race noire aux touches d'un piano - "Superstition" fut un tube pour Jeff Beck en 1973 - en 1987 il chante "Just good friends" en duo avec Michael Jackson sur l'album "Bad" - Gangsta's paradise, en 1995, par Coolio featuring L.V. reprend le thème principal du hit de Stevie, "Pastime paradise" sorti dix ans plus tôt (Artis Ivey Junior, alias Coolio, n'est pas un inconnu puisqu'il y a déjà vendu aux USA des millions de disques, notamment l'album "It takes a thief" et le single "Fantastic voyage". Il s'est associé à Larry Sanders, alias "L. V." (initiales de Large variety). - "Les Coups" par Johnny Hallyday, déjà cité, fournit à l'Idole un formidable titre de scène. Mais deux autres artistes français doivent une fière chandelle à Stevie, deux adaptations aux titres légèrement différents en 1984 : " Pour te dire je t'aime", par Dalida, et "Je t'appelle pour te dire je t'aime", par Sacha Distel de "I just called to say "I love you". Le fait de figurer dans la bande originale du film "La Fille en rouge" ("Woman in red") permet à ce titre de devenir l'une des plus grosses ventes de disques des années 80, se retrouvant n°1 aux USA, en Angleterre et en France.
Il ne semble pas prêt à prendre sa retraite : en juin 2009 il chante devant 500 000 personnes au festival de Montreux, et le 7 juillet à la cérémonie d'hommage à Michael Jackson. Il aurait vendu de l'ordre de 75 millions de disques depuis 1962.