Les Beach Boys, c'est avant tout une affaire de famille : un papa despotique, trois frères et leur cousin. Aujourd'hui on écoute toujours autant Good Vibrations (1967). Pour autant, une légende ne peut pas reposer sur une seule chanson...
En 1961, les Californiens s'enflamment pour un nouveau sport nautique, le surf. Et comme il se doit, un environnement se crée autour : sans doute une presse disponible en kiosque, mais surtout un style musical. Les premiers à s'y engouffrer sont Jan and Dean, mais leurs disques manquent un peu de dynamisme et d'authenticité.
Cornaqués par leur papa qui compte bien devenir un manager riche et puissant, les frères Wilson (Brian, Dennis et Carl) et leur cousin Mike Love vocalisent sur les bancs de l'école. Dès 1961, ils publient leurs premiers 45 tours sur des petites compagnies discographiques. C'est immédiatement le succès, mais un succès régional puisque le surf n'a pas encore conquis tout le territoire. Les titres sont opportunistes : Surfin' (1961), Surfin' safari (1962), Surfin' USA et Surfer girl (1963). Et encore n'évoquons-nous que les succès, car les chansons des 33 tours enfoncent le clou : Catch a wave ("Attrape une vague"), The Surfer moon, The Rocking surfer, Surfer's rule etc. Mais Brian, qui compose et écrit, commence à s'ennuyer... d'autant qu'il n'aime pas particulièrement ce sport !
Bien qu'il s'agisse en toute évidence d'un plagiat des riffs de guitare rock'n'roll du noir américain Chuck Berry, Fun fun fun fait l'effet d'une nouveauté et d'une véritable bombe sur le jeune public. Il n'en fallait pas plus pour que Brian Wilson se considère à juste titre comme un véritable artiste de pop music. Les tubes se succèdent (Don't worry baby, I get around, California girls, Barbara Ann, etc) et la consécration survient avec le 33 tours Pet Sounds (1966).
Brian a l'ambition d'en faire le plus grand groupe tout court ; en clair, il veut surpasser ses amis les Beatles (Paul McCartney, par exemple, participera en 1967 à l'enregistrement de la chanson des Beach Boys Vegetables ; mais, pour être tout à fait honnête, précisons que furent juste enregistrés des bruits de mastication tandis qu'il mangeait du céleri !). Il va dès lors commencer à s'enfermer en studio pour préparer ses futures grandes uvres. Brian, hélas, déjà d'une santé mentale fragile, a tendance à chercher l'inspiration dans les paradis artificiels. Dès lors son comportement devient imprévisible.
Brian décrète qu'il ne peut plus continuer à se produire en concert aux quatre coins du monde. Le groupe est obligé de lui trouver un remplaçant en la personne du chanteur Bruce Johnston. Brian considère que sa mission consiste à préparer les enregistrements, et les autres à "mouiller leur chemise" et suivre aveuglément ses prérogatives.
Heureusement, Brian n'était pas aussi charismatique que les leaders des Beatles ou des Rolling Stones. Sa disparition ne compromet pas le succès des concerts. Et, il faut le préciser, son travail en studio est remarquable : Sloop John B. et God only knows figurent parmi les meilleures chansons de 1966. A la fin de l'année sort Good vibrations considéré par beaucoup comme le meilleur 45 tours de tous les temps... une évidence hélas révélée tardivement : à sa sortie, Capitol, la maison de disques des Beach Boys, leur reproche d'avoir publié un disque sur lequel on ne peut pas danser. Brian réplique qu'il s'agit d'une symphonie de poche ! La tension est extrême lorsqu'il annonce que le 33 tours attendu depuis des mois, Smile, ne sortira pas. De conflit en conflit, les Beach Boys décident de monter leur propre firme discographique, Brothers Records. Une page se tourne, et, hélas, les chapitres suivants seront nettement moins passionnants.