Claude Nougaro naquit à Toulouse en 1929. Son père était chanteur lyrique mais Claude n'est pas, a priori, attiré par le chant. Il choisit le journalisme. Ce n'est qu'à l'âge de 24 ans qu'il rêve de devenir auteur. Simplement auteur : il ne se sent pas capable de composer de musique.
Secrètement, Claude ambitionne d'entendre ses textes chantés par Piaf, mais ne sait pas encore qu'il ne rencontrera la grande dame que dix ans plus tard. Le destin, en effet, va lui jouer un tour !
Elle est, comme chacun sait, la compositrice attitrée de Piaf. Nougaro fait des pieds et des mains pour approcher ce "monstre sacré" et parvient, par quel miracle, à lui remettre des textes de chansons. Et, miracle à nouveau, Monnot se montre intéressée. C'est promis, elle va les mettre en musique.Nougaro exulte... Bonheur de courte durée : Marguerite est folle amoureuse de Paul Péri, un jeune chanteur inconnu qui le restera et à qui elle confie, plutôt qu'à Piaf, les chansons signées Nougaro-Monnot !
Tant bien que mal, Nougaro, qui ne se voit toujours pas chanter lui-même ses chansons, parvient à les confier à des artistes (Philippe Clay, Marcel Amont, Richard Anthony). A l'ultime fin des années cinquante, il s'enhardit publiant un premier album au format réduit de 25 centimètres de diamètre. C'est l'échec, malgré la présence de la chanson Il y avait une ville évoquant la destruction en 1945 de villes japonaises par les bombes atomiques américaines. Une chanson qui lui tient à cur puisqu'il la réenregistrera en 1964.
Une petite fille et Le Cinéma sont d'incontestables succès. Immédiatement, tout le monde veut rencontrer le talentueux Toulousain, et notamment Piaf qui n'a sans doute pas apprécié que Marguerite lui pique un texte qui lui était destiné. A deux heures du matin, elle téléphone chez les Nougaro pour demander à voir Claude... qui sait pertinemment qu'on ne dit jamais non à Edith, qui, d'ailleurs, envoie son chauffeur. Or madame Nougaro travaille de nuit. Claude est seul avec sa fille Cécile, qui hurle car la sonnerie du téléphone l'a réveillée. Il ira donc chez Piaf avec le bébé ! Malheureusement pour Claude, Edith, déjà très malade, mourra avant d'enregistrer ses chansons. En son hommage, il écrira Comme une Piaf.
Le 45 tours Cécile ma fille conforte Claude dans son titre de nouveau grand talent de lachanson française. Hélas dans la nuit du 10 juin 1963, un tragique accident de voiture manque de briser sa carrière. Il retrouvera l'Olympia six mois plus tard, porté par des béquilles. Le public ne l'avait pas oublié, mais encore fallait-il le reconquérir... voire même aller à sa rencontre : l'année suivante, il est au Québec... fait un crochet par New-York où il reste seul quatre jours, sans parler un seul mot d'anglais. Inconsciemment, ce séjour impromptu aura des répercussions 23 ans plus tard sur la sortie du disque Nougayork.
Tandis que les yéyés font la course au tube pour figurer en permanence au hit-parade suivant le rythme d'un hit tous les deux ou trois mois, Nougaro, lui, prend son temps. Un tube par an, c'est sa cadence : Je suis sous (1964), A bout de souffle et Sing Sing (1965), Armstrong (1966), O Toulouse (1967), Paris Mai (1968, bien sûr). Et à partir de cette date, le 45 tours, objet de consommation, fait place à l'album, véhicule culturel. A partir de cette date, avec pour s'exprimer non plus 2'35", le temps d'un tube, mais quarante, la durée d'un 33 tours, Nougaro fut considéré comme accueilli dans lafamille des Grands qu'étaient Brel, Brassens, Ferré, Ferrat... D'ailleurs, on occulta son prénom pour ne plus dire que "Nougaro" car il était devenu, lui aussi, unique dans l'Histoire de la chanson française