En 1968, ils avaient fondé leur propre label Apple pour acquérir une plus grande indépendance, artistique mais surtout financière. Très rapidement leur magasin de vêtements fit faillite et les ventes de disques à succès ne parvinrent pas à compenser la mévente des autres artistes de leur catalogue. En un mot comme en cent, les Beatles, mauvais financiers, étaient en 1969 sur le point de faire faillite ; du moins croyait-on !
Si, outre-Manche, les Beatles restaient encore quelque peu " prisonniers " de la firme Parlophone, en revanche aux Etats-Unis leur contrat avec Capitol arrivait à son terme. Si le contrat négocié en 1963 n'était pas à leur avantage, leur manager de l'époque, Brian Epstein (mort en 1967) n'était plus là pour réitérer l'erreur. Erreur qui n'en était pas une, d'ailleurs : en 1963, les Beatles ne parvenaient pas à percer en Amérique et, s'ils n'avaient pas signé avec un label aussi puissant que Capitol, peut-être n'y auraient-ils jamais percé. Cinq ans plus tard, la situation avait bien changée
Ils étaient fermement décidés à en profiter, et étaient appuyés en ce sens par un entourage de choix : la promise de Paul McCartney, Linda Eastman, prenait conseil auprès de son milliardaire de père. Les trois autres Beatles préféraient faire confiance à Allen Klein, businessman véreux mais efficace : le nouveau contrat signé avec Sal Ianucci, Pdg de Capitol, était juteux !
Jusqu'à 1967, les Beatles touchaient 6% du prix de vente de tout disque vendu aux USA. A la disparition de leur manager, ils parvinrent à faire passer cette somme à 31% jusqu'à 1969, date à laquelle elle passa à 69%. Pas mal puisqu'en quelques mois seulement il reçurent la coquette somme de 17 millions de dollars, la même que durant l'exercice précédent de sept ans ! Mais " peut faire mieux " : with a little help from Allen Klein, une clause prévut qu'à compter de 1972 ce pourcentage serait porté à 84%.
A 84%, part de l'artiste, Capitol aurait perdu de l'argent. Il fut donc envisagé (et accepté par tous) d'augmenter de manière drastique le prix de vente des albums des Beatles, qui passa ainsi de 3,70 dollars à 7 $. Les fans n'y trouvèrent rien à redire puisque leurs trois nouveaux albums (" Abbey Road ", " Hey Jude / Beatles Again " et " Let it Be ") se vendirent dès leur sortie entre 3,3 et 5 millions d'exemplaires (à 7 $ pièce) tandis que le fonds de catalogue stagnait, les ventes de " Rubber Soul " et de " Revolver " (à 3,70 $ pièce) plafonnant chacun entre 1,5 et 2 millions d'exemplaires.
Sur chaque 33 tours vendu, les Beatles gagnaient désormais 4,80 $ contre 25 cents par le passé, soit près de vingt fois plus ! Et comme l'indiquait Rocky Catena au mensuel Rolling Stone, attaché de presse de la firme Capitol, " Nous pourrions mettre les albums des Beatles à dix dollars. Si les gens sont capables de payer ce prix, c'est qu'il n'est pas démesuré ". Il n'avait -hélas !- pas tort : avec l'avènement du CD en 1982, tous les artistes et toutes leurs maisons de disques ont réédité leurs fonds de catalogue, soit à prix réduit, soit en y ajoutant des titres bonus. Tous... sauf les Beatles que nous continuons à payer à prix fort (à prix très fort parfois, lorsqu'il s'agit par exemple d'acheter deux coffret d'intégrale de leur uvre, comme celle parue en septembre 2009.